Tout homme intelligent comprend la raison de cette odieuse réticence: c'est qu'il importait d'enlever aux Créoles la gloire qu'ils pourraient tirer de cette illustre personnalité.
Norbert Rillieux, comme chef de l'École Centrale, à Paris, a été apprécié. Il a occupé là-bas le rang qui convient à un homme de sa valeur. Nous ajouterons que, quelle que soit ici l'attitude, quelles que soient les réticences des méchants et des ingrats, sa place dans l'histoire ne sera jamais effacée.
On dit que Rillieux avait soumis à la ville certains plans de canalisation, mais qu'à cause de la question de race ces plans avaient été rejetés par l'Administration. Nous n'avons pas de peine à croire que ce rapport soit vrai, car le préjugé fait faire ces choses stupides dans notre pays. L'absurde, plus ou moins, accompagne le jugement des esprits prévenus, comme il a été clairement démontre dans l'incident Stackhouse.
ANTOINE DUBUCLET
L'injustice du préjugé n'a jamais été plus manifeste que dans l'attitude du public louisianais à l'égard de l'honorable Antoine Dubuclet, trésorier d'État de 1868 à 1879.
Pendant toute cette époque orageuse, M. Dubuclet a dirigé les finances de la Louisiane, et après ses onze ans de service, il s'est retiré sans laisser derrière lui le moindre vestige de mécontentement ou d'erreur.
Ce que nous avançons ici a été établi au cours d'une enquête minutieuse et rigide, instituée sous les auspices d'un parti hostile et soupçonneux.
Les politiciens les plus éminents de la Louisiane s'attendaient à trouver ses comptes en désordre. Le Comité Aldiger fut donc créé, ayant pour mission d'examiner les archives de la Trésorerie. Déterminés à ne rien négliger pour arriver au but qu'ils s'étaient proposé, ces Messieurs du Comité s'étaient assuré les services de trois comptables experts.
L'enquête dura six mois.
Malgré des recherches minutieuses et le désir non dissimulé de rencontrer des sujets de poursuite, on fut contraint de reconnaître la probité irréprochable du Trésorier démissionnaire.