Sous ce rapport, les Lambert ont plus et mieux fait que Macarty. Mais celui-ci était varié dans ses talents. Cette versatilité était remarquable, car elle s'est toujours manifestée avec avantage dans toutes les occasions. Macarty avait une voix de baryton riche, sonore et admirablement cultivée.

De plus, il était comédien de nature. Dans le vaudeville, il rivalisait avec Charles Vêque, considéré à l'époque un comique de tout premier ordre. Charles Vêque avait depuis longtemps laissé les rangs des amateurs pour se joindre aux professionnels du théâtre.

Aussi, dans toutes les entreprises de la scène organisées par la population créole, Macarty remplissait-il le premier rôle, qui lui était décerné de consentement commun.

Il était le successeur logique d'Orso, de Villasseau et de ces autres artistes dont les triomphes ont laissé dans l'esprit de leurs contemporains des souvenirs ineffaçables.

Macarty était aussi orateur. Doué d'une forte voix et d'une diction claire, sa parole était facile et éloquente.

Aux premières heures de la Reconstruction, Macarty s'est fait souvent entendre devant les assemblées du peuple, discutant avec force et avec intelligence les questions de droit et de liberté, et il n'a jamais manqué, dans ces occasions, de recueillir les plus chaleureux applaudissements. On peut donc dire que Macarty était musicien, chanteur, comédien et politique.

SAMUEL SNAËR

Samuel Snaër était peut-être plus savant en musique que Macarty, mais sa modestie l'a sérieusement embarrassé. Dans sa profession, il n'a jamais percé. Bien que le violon fut l'instrument préféré de Snaër, c'est néanmoins un fait qu'il jouait avec talent d'une douzaine d'instruments.

Snaër avait une belle voix de ténor, mais il refusait de chanter; il maîtrisait l'harmonie, mais ses compositions restaient au fond de sa malle, où le temps et les insectes leur ont déclaré la guerre.

Pour le public, Samuel Snaër ne représente qu'un instrumentiste très ordinaire, mais pour les bons juges qui l'ont connu intimement, il était un génie musical.