[Note 502: Plan de la fête du 26 messidor, Strasbourg, Dannbach, 8 p., 8°.—Voy. aussi le compte rendu de la Strassburger Zeitung, 28 messidor (16 juillet 1794).]

Cette mise en scène d'un lyrisme aussi froid que pompeux, n'empêchait pas le sang de couler en province, tout comme à Paris. Le lendemain même du jour où les „groupes d'adolescents” de Strasbourg avaient chanté:

„Nourris de civisme et de gloire,
Notre cœur n'est pas corrompu.
Nous croissons près de la victoire,
Parmi des leçons de vertu,
Affranchis de l'horreur profonde
Qu'éprouvaient nos tristes ayeux…”

ils pouvaient assister, sur la place d'Armes, au spectacle de l'exécution d'une vieille femme de soixante-quatre ans, nommée Françoise Seitz, traduite devant le tribunal révolutionnaire pour avoir distribué des brochures royalistes à des soldats de l'armée du Rhin, et condamnée, puis guillotinée, le jour même, à cinq heures du soir. C'étaient là sans doute aussi les „leçons de vertu” chantées par le poète![503].

[Note 503: Strassburger Zeitung, 29 messidor (17 juillet 1794).]

Mais c'est surtout dans le langage des représentants du peuple en mission dans nos départements, que l'on pouvait constater la recrudescence terroriste de ces dernières semaines qui précèdent la chute de Robespierre[504]. La proclamation du 4 thermidor, publiée à Strasbourg par Hentz et Goujon, atteint, si elle ne dépasse pas en violence, les arrêtés de Lebas et Saint-Just: „Instruits par leurs propres yeux de l'état déplorable où se trouve l'esprit public dans les départements du Haut et Bas-Rhin… que là… les prêtres exercent un empire révoltant, tiennent les citoyens dans une oisiveté scandaleuse, pendant plusieurs jours des décades, sous prétexte du culte religieux, tandis que la terre demande des bras…; qu'ils profitent de cette oisiveté qu'ils commandent, pour prêcher la révolte, corrompre les mœurs et exciter le désordre[505].

[Note 504: Il faut dire qu'ils étaient stimulés par les Jacobins de Strasbourg. La lettre des administrateurs du département du Bas-Rhin, datée du 14 messidor (Livre Bleu, I, p. 169), réclamait précisément la mesure prise par les représentants.]

[Note 505: Le motif principal de la colère des représentants était le renversement d'un arbre de la liberté à Hirsingen, dans le Haut-Rhin.]

„Que l'ignorance et la superstition sont telles dans ces départements que le peuple est toujours sous le despotisme et méconnaît la révolution… qu'il est prouvé par une foule de renseignements que les prêtres conspirent contre la patrie… qu'ils séduisent les femmes et corrompent les mœurs, qu'ils machinent en secret la contre-révolution, qu'ils ont tous dans le cœur, même quand ils parlent de leur attachement aux lois, langage équivoque dans leur bouche…

„Que le résultat de leurs manœuvres dans ces départements est une ignorance totale des lois de la liberté… qu'un autre résultat non moins funeste de ces prédications audacieuses et fanatiques est un relâchement de l'esprit public…