[Note 510: Hymnes qui se chanteront à la fête de Barra et Viala, célébrée à Strasbourg, le 10 thermidor. Strasbourg, Dannbach,8 p., 8°.]

[Note 511: Strassburger Zeitung, 15 thermidor (2 août 1794).—Il courait alors à Strasbourg des bruits insensés sur Robespierre. Le même journal, dans son numéro du 26 thermidor, racontait qu'il „avait voulu obtenir de force la main de la jeune Capet, pour être plus facilement reconnu par les puissances étrangères.”]

Monet, le fervent admirateur du héros jacobin vivant, s'empressa de joindre ses imprécations contre le „monstre” terrassé, à celles de tant d'autres, terroristes comme lui. Dès le 14 thermidor, il réunit le Conseil général de la commune de Strasbourg en séance publique extraordinaire, pour lui faire voter une adresse à la Convention nationale, flétrissant „les complots liberticides” des traîtres qui avaient prétendu „asseoir leur tyrannie sur les débris sanglants de l'autorité nationale.” Les citoyens des tribunes furent invités à signer également cette adresse et „se précipitant dans l'enceinte, présentèrent dans cet accord civique, le spectacle le plus touchant aux républicains, qui y trouvèrent dans ce moment de crise un délassement pour leur âme affaissée”[512]…

[Note 512: Extrait des registres du Conseil général, 14 thermidor,
Strasbourg, Dannbach, 4 p., 4°.]

Ce n'était pas sans raison que les citoyens de Strasbourg témoignaient d'une joie assurément sincère en félicitant la Convention de la chute du „tyran”. Ils pressentaient que le chef de la Montagne une fois abattu, ses sectateurs en province tomberaient bientôt à leur tour et que Robespierre, Saint-Just et Lebas entraîneraient à leur suite leurs valets et leurs courtisans locaux, les Honet, les Téterel, les Mainoni et tous les héros de la Propagande. Cet espoir ne devait pas les tromper.

XXIV.

La journée du 10 thermidor ne changea pas d'abord les destinées de la Cathédrale. Comme pour faire oublier les événements accomplis à Paris, et qui allaient avoir leur contre-coup à Strasbourg, le maire Monet et la municipalité organisèrent, quelques jours plus tard, une nouvelle et grande fête populaire, dont le point de ralliement devait être également le temple de l'Etre suprême. Dans sa séance du 18 thermidor, le corps municipal délibéra longuement sur l'organisation d'un cortège républicain, destiné à fêter l'anniversaire du 10 août, „le jour de cette explosion terrible où le Français donna à la terre outragée l'exemple d'un roi marchant du trône au supplice”, et le programme, arrêté ce jour-là, fut exactement suivi[513].

[Note 513: Plan de la fête du 23 thermidor, célébrée à Strasbourg, l'an II. Strasb., Dannbach, 13 p. in-8°.]

Le 22 thermidor, à six heures du soir, des officiers municipaux grimpèrent aux tourelles de la Cathédrale, pour y fixer, au bruit des trompettes et des cymbales, quatre piques, surmontées de bonnets rouges, et autant de drapeaux tricolores, offerts la veille par le 3e et le 6e bataillon de la garde nationale[514]. Le lendemain matin, dès cinq heures, les mêmes trompettes sonnent „la terreur des rois et le réveil du peuple”, puis les curieux voient se former lentement le cortège aux seize groupes, qui doit aller de la maison commune au temple de l'Etre suprême, accompagné de citoyennes costumées, „représentant les deux sublimes passions des Français, la Liberté et l'Egalité.” Nous ne nous arrêterons pas à détailler ce spectacle; toutes ces processions révolutionnaires se ressemblent et la description de l'une peut dispenser de refaire celle des autres. La foule des acteurs et des spectateurs s'étant engouffrée sous les voûtes de la Cathédrale, une grande symphonie d'Ignace Pleyel en réveille tous les échos. Musique singulièrement expressive, il faut le croire, car, au dire du procès-verbal, elle ne décrit pas seulement les bruits de la lutte à main armée, mais „laisse entrevoir, dans le lointain, le conciliabule secret des républicains conspirant avec énergie contre la monarchie homicide, pendant que les citoyens incertains se débattent dans de douloureuses angoisses.” Un citoyen gravit ensuite les degrés de la nouvelle tribune des orateurs, construite en bois de chêne[515], et prononce un discours „analogue à la circonstance”, puis commencent les chants des solistes, répondant aux chœurs de la foule. Une mère qui a perdu son fils, vient déclamer des vers qui se terminent ainsi:

„Mon fils vient d'expirer, mais je n'ai plus de roi.”