[Note 598: Procès-verbaux du 25 ventôse an IV (15 mars 1796). Il semblerait pourtant que Montflambert ait fini par tomber entre les mains de la police, car nous connaissons une délibération de l'administration départementale du 5 vendémiaire an V, qui ordonne son élargissement provisoire de la maison de réclusion. (Procès-verbaux du corps municipal. 8 vendémiaire, 29 sept. 1796.)]
Les mêmes procès-verbaux, auxquels nous empruntons ces détails, nous ont conservé la liste des lieux de culte ouverts à Strasbourg au commencement de l'année 1796. Le culte „connu sous la dénomination de culte catholique, apostolique et romain”, occupait l'édifice de la ci-devant Cathédrale et l'église Louis; les protestants officiaient aux temples Aurélie, Thomas, Nicolas, Guillaume, Pierre-le-Vieux, l'Eglise-neuve (Temple-Neuf), la Ruprechtsau, et à l'auberge de la Charrue, au faubourg de Pierres. Les israélites se réunissaient chez Scheyen Netter, rue de la Lune; Abraham Auerbach, rue Sainte-Elisabeth; Moïse Isaac, Vieux-Marché-aux-Vins, et Joseph Lehmann, rue du Jeu-des-Enfants[599]. Il n'est pas fait mention ici d'un lieu de culte pour les constitutionnels, mais il est cependant hors de doute qu'ils célébraient leur culte à part, avant même d'être admis au partage de la Cathédrale, comme nous le verrons bientôt.
[Note 599: Procès-verbaux du 12 nivôse an IV.]
Pendant ce temps la lutte s'engageait, avec un redoublement de violence, entre le nouveau gouvernement de la République et les membres du clergé pénitent, rentrés en foule dans leurs anciennes paroisses, dans l'attente de jours meilleurs. Plus la connivence tacite des autorités avait été grande durant de longs mois, plus la répression dut sembler cruelle quand on se remit à sévir. Les municipalités favorables au clergé furent frappées, comme les prêtres eux-mêmes. La municipalité de Truchtersheim fut destituée pour avoir laissé fonctionner des ecclésiastiques non-assermentés[600]; le président de celle d'Obernai, le citoyen Apprédéris, se vit casser pour en avoir hébergé dans sa demeure[601], et les malheureux eux-mêmes furent traqués partout, jusque dans les hautes vallées des Vosges, pour „écraser les ennemis de la République”[602]. Ces poursuites ne restèrent pas infructueuses, et plusieurs de ceux qu'on recherchait, furent en effet arrêtés. C'est ainsi que le tribunal criminel du Bas-Rhin condamnait à la déportation sur les côtes de la Guyane le curé Kappler, de Beinheim[603], puis l'abbé Heckel, ancien desservant de Grossendorf[604]. Les armes les plus terribles, forgées pour combattre l'Eglise hostile, devaient être employées elles-mêmes dans l'ardeur de la lutte et sous l'influence funeste des haines renaissantes. Dans les premiers jours de février on amenait captif aux prisons de Strasbourg un prêtre condamné jadis à la déportation et qui, avec un faux passe-port[605], était revenu dans sa paroisse; c'était l'abbé Antoine-François Stackler, desservant de Neuve-Eglise. Son identité sommairement reconnue, le tribunal prononça contre lui la peine capitale et, le 3 février 1796, le jeune ecclésiastique montait courageusement les marches de l'échafaud, dressé sur la place d'Armes, salué comme un martyr par l'immense majorité de ses coreligionnaires, quoique jugé plus sévèrement par les feuilles républicaines[606].
[Note 600: Strassburger Weltbote (c'est le nouveau titre de la Strassburger Zeitung, du futur Courrier du Bas-Rhin), 28 janvier 1796.]
[Note 601: Strassb. Weltbote, 15 février 1796.]
[Note 602: Strassb. Weltbote, 10 février 1796.]
[Note 603: Strassb. Weltbote, 19 mars 1796.]
[Note 604: Strassb. Weltbote, 11 avril 1796.]
[Note 605: La falsification fréquente de ces passe-ports est également avouée par M. Guerber dans sa Vie de Liebermann, p. 137.]