On n'était pas encore revenu de cette chaude alarme, quand les nouveaux vicaires épiscopaux débutèrent successivement à la Cathédrale, dans le courant de juillet et d'août. Ce fut d'abord le chantre de Minette, Nannette et Babette, Euloge Schneider, qui, le 10 de ce mois, vint y prononcer un sermon sur l'Accord de l'Evangile avec la nouvelle Constitution française[134]; plus tard Antoine Joseph Dorsch y prêcha sur la Liberté[135], etc. Vers la même époque aussi paraissaient les premiers numéros du journal dirigé par Kæmmerer, devenu supérieur du grand Séminaire, intitulé Die neuesten Religionsbegebenheiten in Frankreich[136], et destiné à devenir le moniteur officiel de l'Eglise schismatique. Les uns et les autres, parmi ces étrangers, montraient un enthousiasme, sans doute sincère à ce moment, pour toutes les conquêtes de la Révolution et tâchaient d'y découvrir la réalisation des promesses de l'Evangile. Les uns et les autres parlaient en termes chaleureux de la nécessité de lutter contre le „fanatisme” des prêtres et les tendances contre-révolutionnaires des masses, et gagnaient ainsi l'appui des journaux et des sociétés patriotiques, sans cependant que leur auditoire habituel en fût notablement accru.
[Note 134: Die Uebereinstimmung des Evangeliums mit der neuen
Staatsverfassung der Franken. Strassb., Lorenz, 1791. 16 p. 8°.]
[Note 135: Ueber die Freiheit. eine Predigt. Strassb., Treuttel. 1791, 16 p. 8°.]
[Note 136: Depuis le 1er juillet 1791.]
Autant la crainte avait été vive au moment de la fuite de Louis XVI, autant la réaction avait semblé relever partout la tête, quand le faux bruit de la réussite de ce projet avait couru l'Alsace, autant la colère contre les fauteurs, plus ou moins authentiques, de ces désordres perpétuels fut profonde après cette vive alerte. C'est à partir de cette époque que nous voyons se multiplier les expéditions „nationales” contre les bourgs et villages réfractaires, les poursuites contre les prêtres non-jureurs, contre les correspondants ouverts et secrets de l'émigration. „Il est temps d'en finir avec l'aristocratie dans notre département”, disait la Gazette de Strasbourg, en énumérant une série d'attentats commis contre les patriotes[137]. Elle répétait en termes plus convenables ce que le „Véritable Père Duchène” disait sur un ton plus ordurier: „Toujours en Alsace, toujours du grabuge et des précautions maudites dans cette contrée, où il y a tout autant d'aristo-jeanfoutres que de poux dans la culotte d'un gueux. Est-ce qu'on ne réduira pas cette engeance insolente”[138]?
[Note 137: Strassb. Zeitung, 15 juillet 1791.]
[Note 138: Quarante-quatrième lettre bougrement patriotique. Paris,
Châlon, 1791. 8 p. 8°.]
Le Courrier politique et littéraire lui-même, si pacifique d'ordinaire, publiait des traductions allemandes du Ça ira et annonçait, en assez mauvais vers, que le jour était proche où tous „les tyrans par la grâce de Dieu, les calotins, les aristocrates et leurs maîtresses, ne se nourriraient plus de la graisse du pays”[139].
[Note 139: Pol. Litt. Kurier, 15 juillet 1791.]
L'Assemblée Nationale donnait un encouragement officiel à ces sentiments d'irritation en faisant partir de nouveaux commissaires pour l'Alsace, chargés de concerter avec les autorités départementales des mesures de répression plus efficaces contre les fauteurs de désordres publics. MM. Régnier, Chasset, de Custine, arrivèrent à Strasbourg dans la première semaine de juillet, et le 12 du mois avait lieu une réunion générale de tous les membres du Directoire du département, de ceux du Directoire du district et de ceux du Conseil général de la Commune, pour aviser à la situation troublée de la province. Les commissaires de l'Assemblée Nationale s'y rendirent, accompagnés des commandants militaires, et en leur présence, les chefs des différents corps énumérés tout à l'heure présentèrent un nouveau compte rendu de la situation du département par rapport au clergé. „Après la discussion la plus sérieuse et la plus approfondie”, voici les faits qui furent reconnus, au dire du procès-verbal officiel, auquel nous empruntons les lignes suivantes[140]: