[Note 341: Rien ne donne une idée plus singulière et plus affligeante à la fois de la façon dont on administrait alors les affaires de la ville, au milieu des agitations quotidiennes de la politique, que certains faits relatés aux procès-verbaux du Corps municipal, p. ex. sur la gestion de la citoyenne Demart, directrice de la Maison des Enfants-Trouvés, de connivence avec le garçon-chirurgien Schmidt, son amant (18 mars 1793).]
[Note 342: Procès-verbal de la séance publique du Conseil général de la Commune de Strasbourg, du lundi 8 juillet 1793. Strasbourg, Dannbach, 14 p. 8°.]
Le soir, à la séance du club des Jacobins, les citoyennes des tribunes entonnèrent la Marseillaise, puis Euloge Schneider prononça le panégyrique de la Constitution nouvelle, qui, „du coup, termine tous nos différends et qui, de même que la loi de Jéhovah, est née sur la sainte Montagne, au milieu du grondement de la colère populaire, du tonnerre des armes et des éclairs”. La sanction de la Constitution par le vote populaire n'était et ne pouvait être, dans les conjonctures présentes, qu'une vaine formalité. Le 9 juillet le corps municipal annonçait aux citoyens de Strasbourg que la grande cloche de la Cathédrale[343] les appellerait, le 14 juillet, à ratifier l'acte „qui doit anéantir l'anarchie, éteindre les torches de la guerre civile et fixer à jamais les destinées de la France”[344]. Ceux d'entre les habitants qui répondirent à l'appel vinrent en effet déposer dans l'urne des votes approbatifs, et, dès le soir du 14 juillet, une nouvelle sonnerie des cloches et les salves d'artillerie tirées sur les remparts annonçaient l'adhésion presque unanime des sections de la commune. „Partout, dit la Gazette de Strasbourg (que Saltzmann ne rédige plus), partout on ne voit que réjouissances et gaîté, et tout le monde s'épanouit à la douce perspective d'un avenir heureux”[345]. Quelques-uns cependant devaient être mécontents au fond, puisqu'on vit paraître immédiatement après une brochure, prudemment anonyme et ne décelant pas son lieu d'impression, intitulée: Euloge Schneider, prêtre, puis accusateur public et bientôt… rien, dans laquelle l'ex-vicaire épiscopal était livré à la risée publique. Schneider, qui attribuait, nous ne savons pourquoi, ce factum aux commis de l'administration départementale, y répondit avec une verve à la fois rageuse et sentimentale dans un des prochains numéros de l'Argos[346].
[Note 343: Ce fut à ce moment aussi, le 12 juillet, qu'on installa le télégraphe optique des frères Chappe sur la coupole du chœur de la Cathédrale. X. Kraus, Kunst und Alterthum in Elsass-Lothringen, I, p. 423.]
[Note 344: Procès-verbaux du Corps municipal, 9 juillet 1793.]
[Note 345: Strassb. Zeitung, 15 juillet 1793.]
[Note 346: Argos, 27 juillet 1793.]
Pendant ce temps, la crise s'accentuait à Paris, comme en province. Les armées de la République rétrogradaient sur le Rhin, et le gouvernement, craignant de plus en plus „les complots liberticides” des ennemis de l'intérieur et du dehors, redoublait de violences, sur les frontières surtout. C'est par son ordre, sans doute, que, le 29 juillet, le Conseil général du département allait jusqu'à interdire et supprimer provisoirement toutes les correspondances avec l'étranger, comme étant „le plus grand aliment des traîtres”[347]. Bientôt après, les papiers du général Custine, déposés chez le citoyen Zimmer, notaire, étaient mis sous scellés[348] et les propriétés de Dietrich confisquées comme biens d'émigré[349]. Puis c'était Edelmann, le facteur d'orgues et le compositeur, l'un des plus estimables pourtant parmi les jacobins de la municipalité, qui proposait de dresser à Strasbourg une liste complète des citoyens suspects[350].
[Note 347: Délibération du Conseil général du Bas-Rhin, du 29 juillet 1793. placard in-folio.—Déjà le 11 juin, le Directoire du département avait défendu les correspondances en „langue hébraïque”.]
[Note 348: Corps municipal, procès-verbaux du 5 août 1793.]