„Ouï le procureur de la commune, la commission a ordonné la communication de la délibération ci-dessus à l'administrateur de la police et à celui des travaux publics, en chargeant le premier de faire clore incessamment les églises, temples, synagogues et autres lieux destinés à un culte public dans cette ville, à l'exception du temple de la Raison…

„Sur l'observation que, pour affermir le culte de la Raison, il serait nécessaire d'établir une instruction suivie, où les citoyens puissent apprendre à connaître et à respecter leurs droits et leurs devoirs, il a été arrêté qu'il sera nommé un comité chargé de proposer un mode d'instruction publique pour les citoyens…” Sont nommés dans ce but les membres du corps municipal Martin, Bierlyn et Butenschœn[426].

[Note 426: Corps municipal, procès-verbaux manuscrits, 2 frimaire an
II]

Dans cette même séance de la municipalité provisoire, Monet communique à ses collègues les déclarations remises jusqu'à ce jour par les citoyens ci-après dénommés, et par lesquelles ils abdiquent leur qualité d'ecclésiastiques et de ministres du culte, et renoncent aux fonctions qu'ils ont jusqu'ici exercées. Sur cette liste deux noms seuls nous intéressent, ceux de deux ci-devant vicaires épiscopaux attachés au service de la Cathédrale, les citoyens Lex et Gross. „Et le maire ayant dit que quelques-unes de ces déclarations renfermaient des passages dont la publication pourrait servir à extirper ce qui pourrait rester encore de fanatisme et de superstition.

„Vu un exemplaire du décret du 23 du 2e mois, relatif aux abdications des ministres de tout culte,

„Ouï le procureur de la commune,

„La commission municipale fait consigner les déclarations mentionnées sur ses registres; elle invite le maire à en envoyer la liste certifiée à la Convention nationale, à continuer à faire de même tous les quinze jours pour les déclarations du même genre qu'il recouvrera à l'avenir; autorise le maire à faire extraire, imprimer et distribuer les passages les plus marquants de ces déclarations, dont il croira la publication utile à l'entière destruction du fanatisme et de la superstition”[427].

[Note 427: Corps municipal, procès-verbaux manuscrits. 2 frimaire an
II.]

C'est en vertu de ce vote que Monet publia, quelques semaines plus tard, une brochure restée célèbre dans les annales de la révolution à Strasbourg, intitulée: Les prêtres abjurant l'imposture, et contenant les lettres de démission et d'abjuration d'un certain nombre d'ecclésiastiques des deux cultes[428]. Nous nous abstiendrons d'en faire usage, puisque après la Terreur plusieurs des personnages dont on y citait les lettres, déclarèrent que Monet avait, en maint endroit, travesti leur style et leur pensée, sans qu'ils eussent alors le courage de produire une réclamation, qui les aurait conduits sans doute à l'échafaud[429]. Mais même dans les textes, tels qu'ils étaient donnés par le maire, il y en avait bien peu dont les auteurs „dévoilassent les fourberies de leurs ministères”, comme il l'affirmait dans sa préface, calomniant de propos délibéré des gens fort pusillanimes, bien plutôt qu'apostats éhontés. Les malheureux qui consentirent alors à déclarer qu'ils n'avaient été membres du sacerdoce que pour le terrasser et l'avilir, furent en petit nombre parmi nous, malgré les applaudissements et les honneurs que pouvait leur valoir ce surcroît d'ignominie[430].

[Note 428: Les prêtres abjurant l'imposture. Strasbourg Dannbach, s.d., 29 p. 18. La brochure a aussi paru dans une traduction allemande Die Priester wollen Menschen werden.]