[Note 445: Argos, 28 frimaire an II (18 décembre 1793). Peut-être aussi les deux numéros précédents étaient-ils déjà composés au moment de l'arrestation de Schneider.]

[Note 446: Il y a beaucoup de vérités dans la feuille volante que Schneider fit imprimer en prison (Euloge Schneider, ci-devant accusateur public, aujourd'hui détenu à la prison de l'Abbaye, à Robespierre l'aîné, représentant du peuple. S. lieu d'impr., 4 p. 4°) et qui est datée du 18 pluviôse; les accusations de ses adversaires étaient absurdes en partie, en partie fort exagérées. Mais cette même pièce suffirait à le faire condamner au point de vue moral, car elle fait ressortir, bien malgré l'auteur, toute la versatilité de cette nature ambitieuse et mal équilibrée.]

Le jour même où l'Argos annonçait enfin le sort de Schneider à ses lecteurs, le Conseil municipal, présidé par son infatigable adversaire Monet, prenait connaissance d'une nouvelle liste d'écclésiastiques déprétrisés; nous relevons dans le nombre les noms du „ci-devant évêque Brendel” et de Laurent, „ci-devant vicaire épiscopal”[447]. Dans cette même séance le maire saisissait ses collègues d'une pétition du citoyen Freiesleben qui réclamait quatre cents livres pour avoir composé quatre grands chœurs et deux duos, le tout à grand orchestre, en l'honneur de la fête d'inauguration du Temple de la Raison. Le citoyen Ingweiler, de son côté, demandait quarante-huit livres pour avoir copié ladite musique. Le Conseil décide „d'accorder les fonds sur la caisse où il appartiendra”, c'est-à-dire sans doute sur celle de l'Œuvre-Notre-Dame. Ce n'étaient pas là d'ailleurs les plus grosses sommes à payer; le véritable quart d'heure de Rabelais ne sonne pour le Corps municipal que dans une des séances suivantes, quand le peintre Heim, le graveur Guérin et le menuisier Strohé eurent présenté leurs comptes „pour ouvrages et fournitures faites pour l'élévation d'un monument de la Nature au Temple de la Raison de cette commune”, ledit mémoire se montant à 1340 livres. Guérin, l'artiste bien connu, et le citoyen Bernard, imprimeur en taille-douce, firent parvenir en outre à nos édiles une seconde facture, „pour une planche représentant ledit monument et pour cinq cents épreuves de cette épreuve”; coût: 233 livres. Le Conseil arrêta que ces deux sommes seraient payées „sur les fonds assignés par les représentants du peuple pour être employés aux réparations civiques qui doivent donner les formes républicaines aux anciennes empreintes de cette commune” (sic)[448].

[Note 447: Procès-verbaux manuscrits du 28 frimaire an II (18 décembre 1793).]

[Note 448: Procès-verbaux manuscr. du 24 nivôse (13 janvier 1794).]

Le 2 nivôse, c'est une troisième série de simples démissionnaires ou de bruyants apostats que le Conseil municipal consigne avec mention honorable dans ses procès-verbaux. Beaucoup de ces malheureux font du zèle anti-religieux pour échapper d'autant plus sûrement à la guillotine, comme ce curé qui déclarait à la Convention elle-même, en lui envoyant ses lettres de prêtrise, „qu'au lieu d'envoyer des âmes au ciel, il voulait donner dorénavant de solides défenseurs à la patrie et à la République”[449]. A cette même date on entend aussi le rapport des citoyens Monet et Sarez, envoyés à Paris pour présenter à la Convention les vases sacrés des églises et temples de Strasbourg et „pour lui faire agréer l'hommage de la reconnaissance de la municipalité pour ses glorieux travaux”. Les délégués déposent sur la table du Conseil les „quittances pour les vases en vermeil et en argent, les pierreries et les ornements fins” [450].

[Note 449: Strassburg. Zeitung, 3 pluviôse (22 janvier 1794).]

[Note 450: Procès-verbaux manuscrits, 2 nivôse (22 décembre 1793).]

Le 5 nivôse, la municipalité décidait que la lecture des lois nouvelles, promulguées par la représentation nationale, serait faite dorénavant au Temple de la Raison, chaque décadi, à neuf heures du matin, par le maire, ou, à son défaut, par un officier municipal. „Soyez fidèles, concitoyens, disait l'affiche, à entendre l'expression de la Volonté Nationale; soyez-le de même à la remplir exactement. Le républicain français ne voit au-dessus de lui que la Loi; son premier devoir est de la respecter et de lui obéir” [451].

[Note 451: Les officiers municipaux de la Commune à leurs concitoyens, 5 nivôse (25 décembre). Dannbach, placard in-fol.]