Peu à peu de gros nuages cuivrés samoncelèrent amassant lélectricité; lobscurité se fit dautant plus intense quon arrivait à lheure du crépuscule.
Mais la Moucheronne navait pas peur, et elle continuait bravement sa marche sans souci du vent brûlant qui lui jetait la poussière au visage, ni des éclairs fulgurants qui ne lui faisaient point fermer les yeux.
La tempête éclatait dans toute sa force, lorsque lenfant et la louve arrivèrent au château de Cergnes. La Moucheronne ne savait pas ce que cétait que de sonner à une porte; elle trouva une grille ouverte, la franchit et enfila une longue avenue plantée de marronniers; elle traversa le parc et enfin sarrêta devant un perron de pierre orné de chaque côté de caisses dorangers.
Elle sapprêta à en gravir les marches avec Nounou.
Elle avait pu ainsi parvenir jusque-là parce que, en ce moment justement, la maison était sens dessus dessous; les portes demeuraient grandes ouvertes; les domestiques restés au château allaient et venaient, effarés, tandis que les autres couraient à la recherche de leur jeune maîtresse disparue depuis quelques heures.
Miss Claddy, surmontant sa fatigue, éplorée et gémissante, accompagnait Mme de Cergnes à travers le parc où lon espérait retrouver la jeune fille.
Aussi ne fut-ce pas la châtelaine que la Moucheronne vit en arrivant, mais bien Mlle Sophie, la femme de charge, dont la taille massive et lourde apparut sur le perron pour tenter, entre deux éclairs, dinterroger lhorizon.
" Etes-vous madame de Cergnes? dit tout à coup une voix fraîche et sonore au bas de lescalier de pierre.
" Si je suis madame de Cergnes? répéta la digne matrone évidemment flattée de la méprise, en mettant sa main au-dessus de ses yeux pour apercevoir dans lobscurité, celle qui avait prononcé cette question.
" Oui, jai besoin de lui parler immédiatement, continua la fillette en posant le pied sur la première marche du perron."