" Oui, sans Nounou, cette fois, car elle effraie ceux qui ne la connaissent pas. La petite demoiselle te remettrait un billet avec lequel on te laisserait entrer; ça doit savoir écrire, ces enfants de riches.

" Je ne retournerai jamais vers ces gens, répondit la
Moucheronne en se levant."

Et Manon vit quelle était inébranlable. Cétait la première fois que la fillette lui refusait un service, et elle était si sauvage et avait une si profonde horreur des êtres humains à quelques exceptions près, quil fallait bien lui pardonner cela.

Manon soupira et se mit à songer aux moyens de faire savoir au château que Mlle de Cergnes se trouvait sous son toit.

Elle ne voulait pas éveiller la petite malade pour lui apprendre sa déconvenue, et elle était fort perplexe.

Nounou sétala près du poële pour sécher sa fourrure mouillée, et la Moucheronne se mit à vaquer sans bruit aux soins du ménage.

Cependant, Mme de Cergnes et miss Claddy, attirées par le bruit que faisaient les domestiques à la vue de la Moucheronne, rentrèrent au château et la comtesse interrogea ses gens.

" Ah! madame la comtesse, répondit Mlle Sophie à peine revenue de sa terreur, nous avons eu grandpeur, nous avons vu le diable et sa fille."

Mme de Cergnes haussa légèrement les épaules, et, se tournant vers le valet le plus rapproché delle:

" Que signifient ces paroles, Joseph? Quest-il arrivé? répondez donc."