Favier ignorait une chose: cest que quelquefois les animaux les plus féroces sont, de temps à autre, susceptibles de pitié, tandis que lui, un être humain, il ne connaissait pas ce sentiment.

" Te tairas-tu, vermine? grinça-t-il avec rage. Tu oses me tenir tête, à moi? Pour te punir, tu vas voir ce que je vais faire de ton chat."

Terrifiée, la pauvre petite écoutait sans comprendre.

" Il ne va pas le tuer, au moins, non il ne va pas le tuer?… murmuraient ses lèvres décolorées par la terreur."

Favier leva le bras auquel la pauvre bête demeurait toujours suspendue.

La Moucheronne fit un pas en avant, saisit ce bras en se haussant sur la pointe de ses petits pieds nus, et dune voix tellement altérée quelle en devenait rauque:

" Ne faites pas cela, Favier, vous entendez, ne faites pas cela."

Le misérable se retourna alors et regarda lenfant dont un étrange rictus crispait la lèvre; un instant il se troubla, mais son naturel brutal reprit le dessus: eh! quoi! se laisser effrayer par cette Moucheronne, un avorton, un rien quil pouvait écraser entre deux doigts!

Dun mouvement violent, il jeta sur le sol le pauvre minet qui poussa un gémissement horrible et vint saplatir contre le mur, la tête à moitié broyée, les pattes agitées dans une convulsion suprême.

Il y eut un silence écrasant…