PAS SANS NOUNOU.
Il avait neigé toute la nuit; les flocons formaient une ouate cotonneuse sur la mousse de la forêt, et les grands arbres dénudés en étaient aussi couverts.
Il faisait noir en haut et blanc sur la terre; mais latmosphère était douce comme lorsque la neige sapprête à tomber.
Il était nuit encore; une petite ombre suivie dune autre plus grande, plus massive, se glissa hors de la cabane du braconnier; elles marchaient si légèrement, ces ombres, que leurs pas ne produisaient aucun bruit.
De temps à autre, dans les allées toutes givrées, un rameau se détachait, secouant la poudre blanche qui séparpillait dans lair.
La plus grande des deux silhouettes allait devant comme pour frayer ou indiquer la route. Elles cheminèrent ainsi jusqu'à lune des extrémités du bois; là elles sarrêtèrent et attendirent.
Au bout de quelques instants, une voix mâle frappa lair sonore; cette voix modulait une chanson joyeuse: puis parut un beau garçon de vingt-cinq ans tout au plus, portant crânement luniforme dofficier de cavalerie, et monté sur un cheval un peu maigre, mais dallure décidée; il avait en bandoulière une sacoche bien gonflée.
Soudain, il interrompit son couplet; une singulière apparition lui barrait le chemin et sa monture fit un écart; il la maintint dune main habile et regarda devant lui.
Il ne faisait pas clair encore, mais la lueur blanchâtre de la neige, à défaut de celle du ciel, lui montra à quelques pas de lui un groupe formé par un animal gigantesque et par un enfant.
"Qui va là?" cria le jeune homme en cherchant instinctivement le pistolet pendu à larçon de sa selle.