A la chute des feuilles, ils retournent à Alger.

Et voilà que, cette année, Odette d'Héristel est invitée à partager le voyage, le mal de mer et la vie des Merkar dans la capitale de l'Algérie pendant la saison d'hiver.

J'ai commencé par refuser énergiquement, mais mon oncle et mes tantes m'ont raisonnée et j'ai fini par céder.

Je comprends leur insistance, ils espèrent que cela me guérira de mes idées grises; car, si je n'ai pas absolument de "blue devils" comme disent nos voisins d'Outre-Manche, je ne suis pas toujours dans le rose, tant s'en faut!

Ils comptent donc sur la distraction, l'attrait du nouveau, pour faire de moi l'Odette d'autrefois; pas la méchante, la gaie, bonne enfant, enfin.

Moi, ce n'est pas pour cette raison que je consens à suivre les Merkar dans leurs pénates.

Je deviens une fille très pratique, aussi, je remarque que l'on continue à me gâter comme lorsque j'étais riche; je me dis donc que mon absence sera une économie pour les Samozane.

Ensuite, les voyages forment la jeunesse, instruisent, mûrissent; je me formerai, m'instruirai, et mûrirai… pas trop, j'espère.

Les Merkar ont des enfants pourvus d'une institutrice, paraît-il; mais, puisque je ne suis pas encore assez vieille pour gagner ma vie, je ferai là-bas, mon apprentissage, non de mère de famille, mais de "governess".

J'apprendrai la manière de dresser les petits à l'étude sans les décourager; je travaillerai le piano avec fougue si cela m'est facile, et je tâcherai d'acquérir d'autres talents qui me manquent.