Mon coeur se dilate devant l'idéale beauté de la ville dans laquelle je vais vivre.

Vivre, oui, longtemps? Qu'en sais-je? Tout cela dépendra de ceux qui m'entourent, et de moi, de mon courage.

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Arrivée, débarquement, ahurissement.

Foule d'Arabes en burnous blancs ou en fez rouge crasseux, aux pieds nus, qui nous prennent de force nos colis, en nous disant dans un sourire aux blanches dents:

"Yé té suis. Pas peur. Yé té suis."

Heureusement que mon cousin vient à la rescousse, nous délivre des importuns, nous empile tous dans deux voitures et reste sur le port à s'occuper de la douane et de nos bagages.

Mes bagages à moi, ont encore un poids et des dimensions ordinaires, mais ceux de ma cousine de Merkar sont incommensurables et innombrables. Je riais tout bas de la "tête" que faisait son mari en les comptant.

— Que peuvent bien contenir tant de caisses? murmura-t-il effaré.

— Mon Dieu! répondit la gouvernante avec un sourire indulgent: des robes, des jupons, des corsages, des chapeaux…