Pourvu que ma cousine ne prenne pas l'idée de me faire convoler en justes noces avec un petit officier algérois, joueur et paresseux, ou avec un employé de la maison! M. de Merkar a sous ses ordres une vingtaine de célibataires mûrs ou frais.
Bah! quand je me sentirai en péril de mariage, je m'enfuirai sous d'autres cieux.
Je ne puis cependant pas exposer à mes cousins l'état de mon coeur qui a déjà une bonne fissure; non, n'est-ce pas? Je les connais depuis trop peu de temps.
Hier, a dîné avec nous, le secrétaire de M. [de] Merkar, jeune homme de petit avenir, à l'âme sensible.
En versant de l'eau sur la nappe, à côté de mon verre (il me regardait tout en me versant), il s'est cru obligé de me faire un compliment sur mon "chic" de Parisienne.
Ah! le pauvre enfant! Qu'aurait-il dit, alors, s'il m'avait connue au temps de ma prospérité!
Nous avons fait une jolie excursion à Aumale, par le chemin de fer, ayant pour compagnons de route deux missionnaires qui échangeaient leurs idées sur le paradis.
J'avais grande envie de leur demander si, dans les voyages qu'exige leur ministère, ils n'avaient jamais rencontré un charmant ingénieur parisien du nom de Robert Samozane.
Je ne l'ai pas osé.
C'est que, où que j'aille, sur terre ou sur mer, à la ville ou à la campagne, malgré moi le souvenir de ce terrible et cher tuteur me hante au point de me devenir une souffrance, surtout quand je songe combien j'ai été coupable envers lui.