Tandis que les petits garçons effleuraient d'un doigt timide le chapelet de bois que porte tout Kabyle autour de son cou.
On traversa le Sébaou, l'unique fleuve de la Kabylie, où les cigognes viennent faire leur toilette matinale et que le soleil du printemps n'avait pas encore desséché.
L'air était pur, vierge, irrespiré, dans ces plaines immenses où, de loin en loin seulement, apparaissait la silhouette pâle d'un Arabe perché sur son mulet, ou celle plus massive d'une femme voilée portant un fardeau d'herbes.
— Et voici Fréha où nous allons nous réconforter… tant bien que mal, dit M. de Merkar. Mademoiselle Gratienne, voulez-vous avoir la bonté de réveiller le petit troupeau?
Les enfants se frottaient les yeux, ahuris, cependant que des effluves d'une cuisine bizarre leur chatouillaient les narines.
Dans une sorte de tonnelle décorée du nom d'auberge, où quelques milliers de mouches avaient élu domicile, un repas fut servi aux voyageurs, tandis que les chevaux, dételés pour une heure, mangeaient leur pitance.
Averti la veille par le courrier, l'aubergiste avait pu se procurer des vivres, et bientôt un couvert rustique fut dressé sur une nappe grossière mais à peu près propre.
Les enfants firent preuve d'un incommensurable appétit; mais, plus délicates, les grandes personnes se contentèrent d'un peu de pain, de chocolat et de café noir.
Fréha n'a rien d'attrayant et se compose de quelques maisons bâties sur un sol mouvant et prêtes à s'effondrer à la première occasion.
Quand nos voyageurs en eurent fait trois fois le tour, à la seule fin de se dégourdir les jambes, ils connurent le village dans tous ses détails.