XXVIII

"A présent que j'ai vu Azzeffoun, Azazga, la forêt de Yacouben, Fort National, Bougie, Mekla et tout ce que nos aimables hôtes ont pu nous faire visiter depuis quinze jours que nous avons quitté Alger, j'ai assez de la Kabylie, des montagnes vertes, des coteaux couverts de moissons, des Arabes en fez, aux jambes nues, aux gandourahs sales et fripées.

Je regretterai ici les Vianère, nos hôtes si aimables dont je n'oublierai jamais l'exquise hospitalité; ensuite Saïd, ma "femme de chambre": un chaouch ou domestique kabyle, qui me sert silencieusement, la tête couverte et les pieds nus, tout aussi bien que la première soubrette parisienne et avec plus de respect certainement.

Enfin Fatma, la mule qui me portait pendant nos excursions et qui, toujours au fin bord des précipices, ne m'a jamais jetée dans l'abîme.

Le ciel est bleu, la chaleur douce, le soleil superbe, la verdure tendre; je goûterais certainement tout cela en compagnie de ceux que j'aime, mais je les sens trop loin et l'anxiété où je suis met des bornes à mon admiration.

Peut-être un jour reviendrai-je ici dans d'autres conditions et pourrai-je mieux me livrer à l'enthousiasme.

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Nous avons regagné Alger et je me suis précipitée sur mon courrier après un hâtif bonjour à la maîtresse de céans, qui a fait l'immense effort de venir au-devant de nous à la gare.

Que j'avais bien raison d'avoir des pressentiments agités: l'oncle Valère est malade. Pas très malade, mais assez pour désirer me revoir avant… enfin, s'il lui arrivait pis. Cette nouvelle a soulevé chez les Merkar une tempête de protestations: partir, notre chère Odette, après un si court séjour, c'est impossible!

Ils oublient que depuis plus de huit mois, je vis au milieu d'eux. Moi aussi, je les aime bien, mais les Samozane me tiennent plus au coeur.