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"La première personne qui m'a saluée à mon débarquement, lorsque, il y a huit mois environ, je suis arrivée en Algérie, a été une guenon de la plus belle venue, qui m'a adressé une grimace magistrale.
La dernière personne qui me salua, ce matin, à mon embarquement pour
Marseille, sur le Duc de Bragance, est une perruche multicolore que
Yannette portait, juchée sur son épaule, et qui criait, en voyant
pleurer sa petite maîtresse:
"Qu'Allah te protège! Qu'Allah te conduise!"
Or, je ne sais si c'est Allah qui guide notre bateau, mais il commence à danser joliment et j'ai de la peine à écrire dans la cabine d'intérieur où je sens davantage le roulis, mais où j'ai obtenu d'être seule.
Ainsi, je voyage sans chaperon pour la première fois de ma vie, comme une personne raisonnable, ou plutôt comme une pauvre fille sans parents proches, qui n'a pas les moyens de se faire escorter par une femme de chambre ou une demoiselle de compagnie.
On m'a recommandée au capitaine avec une telle chaleur, qu'il doit me prendre pour une princesse du sang ou pour un objet extrêmement précieux qui craint la casse.
Une fois à Marseille, je serai pilotée et hébergée par des amis des Merkar, qui me remettront ensuite en wagon pour Paris, après m'avoir recommandée cette fois (je m'y attends), au chef de train.
Il me tarde d'être plus âgée pour aller et venir avec plus d'aisance.
Nous avons quitté Alger par une brise favorable et un ciel radieux.