Et pourtant, dans une demi-conscience de ce qui se passait autour d'elle, Odette était soulagée par la présence de ce protecteur inattendu; sans Robert, elle eût été envahie par un sentiment d'infinie solitude sur cette immense maison flottante où elle n'avait pas un ami, hors lui.

Après un instant d'accalmie où elle parut revenir un peu à l'existence, Robert lui proposa de secouer son inertie, de chercher à dompter son mal en montant, non sur le pont, ce qui était impossible, mais au salon.

Il sortit pour la laisser s'emmitoufler dans son plaid et, quand elle le rappela, il guida ses pas trébuchants à travers le corridor et dans l'escalier.

Elle eut même presque un rire en voyant comme ils étaient jetés de côté et d'autre à chaque minute.

Ils atteignirent ainsi les salons absolument désertés; à travers la vitre épaisse des hublots, ils purent admirer le spectacle à la fois superbe et effrayant que leur offrait la mer littéralement démontée.

Plus hautes que le navire qui semblait gros comme un nid d'oiseau sur cette étendue laiteuse, les vagues hurlaient tout à l'entour, noires comme de l'encre et ourlées d'écume. Du ciel, on ne voyait qu'une barre un peu moins sombre que l'eau, où parfois luisait un éclair livide.

Odette se cramponna à son cousin.

— Robert! j'ai peur! Nous n'arriverons jamais à terre.

— Si, chérie, ne crains rien. Toutefois, je suis content de toi; si tu as peur, c'est que tu souffres moins.

— Peut-être… je ne sais; on s'accoutume sans doute au mal. Alors, tu crois qu'il n'y a pas de danger? Cela me paraît impossible.