— Pas du tout; tu vas venir avec moi, j'espère bien, d'autant plus que tu me seras très utile: songe que je ne les ai jamais vus et qu'ils vont m'intimider.

Soudain, elle s'exclama:

— Robert! on dirait tante Bertrande. Vois… je crois me tromper, car elle ne peut être ici. Qu'y ferait-elle?

— Mais si, c'est parfaitement elle, répliqua Robert. Ce qu'elle vient faire? Eh! mon Dieu! ce que font tous ces gens: elle a envie d'embrasser la première ceux qu'elle aime.

On était arrivé, Odette passa devant son cousin, renversa un chien, bouscula un douanier et se jeta dans les bras de tante Bertrande en criant:

—Ah! tante, que c'est bon à vous d'être venue! Comment va tout le monde?

Sous le flux des baisers, la vieille dame pouvait à peine répondre; enfin, elle annonça que toute la smala se portait bien, même l'oncle Valère, et elle parut peu surprise de trouver là Robert.

— Nous savions que tu nous revenais, dit-elle paisiblement, et nous pensions bien, mon garçon, que tu prendrais le même bateau qu'Odette.

Celle-ci ouvrit de grands yeux étonnés:

— Mais alors, pauvre tante, pourquoi vous êtes-vous donné la peine et la fatigue de venir de Paris à Marseille, au-devant de moi, puisque vous me croyiez sous l'égide de votre neveu?