Souriant, mais encore un peu pâle, Robert Samozane écoutait la mignonne enfant conter son épopée.

— C'est pour le coup qu'on va m'accuser d'être excentrique et encombrante! reprit Odette en secouant la tête; et pourtant, avoue qu'il n'y a pas de ma faute, je ne pouvais prévoir ce qui est arrivé; je n'ai rien fait pour provoquer cette léthargie.

— Non, chérie, j'étais là et tu m'as assez effrayé.

— D'autant plus que je n'ai pas coutume de m'évanouir comme une poule mouillée.

— Mais, tu mourais de faim, tout à l'heure, mignonne? Viens à la salle à manger, ou chez toi; on te servira…

— Non, non, pas chez moi. Mon lit me laisse de trop désagréables souvenirs; j'ai besoin de remuer, de chanter, de voir des visages amis.

— Alors, suis-moi.

Comme il disait ces mots, la porte s'ouvrit si violemment qu'Odette en fut heurtée, et Gui entra, très rouge, effaré mais joyeux.

— Que m'apprend-on? Elle n'est pas morte?

— Non, puisque la voilà. Tiens, embrasse-la, frère, répliqua gaiement
Robert en poussant sa cousine vers le jeune homme.