J'avais beau me répéter:

"Je ne suis plus qu'une âme; mon corps, ce petit corps mince, jadis si remuant d'Odette d'Héristel est maintenant immobile sur mon lit froid…" Je ne pouvais me faire à l'idée que j'avais quitté la terre.

Comment cela m'avait-il pris, de mourir? Je me le rappelais assez bien; j'étais occupée à trier de la musique tout contre le piano, avec Robert qui chantonnait les premières mesures des morceaux en les prenant de mes mains.

Tout à coup, il me dit:

— Tu es pâle, Odette, est-ce que tu souffres?

— Pas du tout, répliquai-je. Quelle idée! Je ne me suis jamais mieux portée.

Mais aussitôt, je sentis un grand trouble en moi; un malaise indéfinissable, comme celui qui précède la syncope.

Cela ne me faisait pas précisément mal, seulement un froid me gagnait les veines, en commençant par les extrémités; tout tournait sous mes yeux, et mes jambes devenaient molles.

J'entendis Robert qui s'écriait, plein d'angoisse:

"Mon Dieu!… Odette se trouve mal."