— Qui sait? fit-elle d'un geste coquet de sa mignonne tête.

Gui pouffait de rire dans sa serviette tout en offrant ses condoléances à son frère.

XIV

Il arriva cependant que, ainsi que l'avait si pittoresquement dit le fils cadet de Samozane, la tutelle de Mlle d'Héristel devint pesante au nouveau tuteur, expérimenté peut-être, mais enclin à la faiblesse, à l'indulgence envers la pupille.

Comme nous l'avons dit, la fortune d'Odette, sagement placée pourtant, courait des risques sérieux à cause d'un procès intenté aux d'Héristel par un parent éloigné, qui n'avait peut-être pas de prétentions tout à fait illégitimes.

Un legs fait jadis au père de la jeune fille, enrichissant tout d'un coup celui-ci, avait été rédigé maladroitement; c'était ce manque de formes exigibles qu'évoquait le demandeur pour faire casser le testament et pour, du même coup, déposséder l'héritière.

Or, toujours pour ne pas ternir la joyeuse sérénité de cette insouciante enfant, personne ne lui en parlait, ce qui était un tort.

"Il sera toujours temps de lui apprendre l'étendue de son malheur, si malheur il y a, quand la catastrophe aura eu lieu, disait Robert."

Sans l'approuver totalement, tout le monde faisait comme lui; du reste, qui donc eût causé "affaires" avec Odette? Dès qu'on énonçait des chiffres devant elle, elle se sauvait en se bouchant les oreilles.

— Seulement, disait assez sensément Mme Samozane, apprenons-lui à modérer ses caprices et à réfréner ses dépenses. Si jamais la pauvre petite se voit réduite à la portion congrue (ce qui lui reviendrait de sa mère est si peu de chose: quinze cents francs, peut-être), elle en souffrira beaucoup, n'étant pas accoutumée à l'économie.