— Oh! vous, il y a de quoi, heureusement pour vous. Mais vous avez autre chose avec, Mademoiselle, qui fait désirer aux beaux messieurs de s'épouser avec vous.
Sur ce, Odette alla jeter un coup d'oeil au dehors et s'assurer que Mlle Dapremont n'était pas en train de causer ou de faire une lecture intéressante avec Robert.
Ne pouvant s'éterniser à Chaville, celle-ci partit, avec regret sans doute, sans emporter d'espoir bien précis, mais avec la consolation d'avoir "jeté des jalons", c'est-à-dire d'avoir insinué à Odette d'Héristel qu'elle ne "ferait jamais l'affaire" de son cousin Robert.
Tout ceci ne laissa pas que d'inquiéter la pauvrette. Des idées bizarres lui traversaient la cervelle et, quoiqu'elle connût le noble caractère et l'orgueil de l'aîné des Samozane, elle se demandait parfois si, malgré son désintéressement, il n'escomptait pas l'avenir et ne fondait pas des espérances sur la fortune de la petite cousine.
S'il n'épousait pas Mlle Dapremont (ce qui ravirait Odette), c'était parce qu'il la trouvait trop pauvre.
S'il l'épousait, il se montrait peut-être plus désintéressé; mais il devait avoir une idée de derrière la tête.
Dans ces conditions-là, l'été ne pouvait passer agréablement pour
Odette.
Quand Mlle Dapremont fut partie, voyait-elle Robert demeurer pensif et inoccupé, ce qui lui arrivait rarement, elle se disait:
"Il rêve à elle, il la regrette, il s'ennuie sans elle. La musique et les lectures dont elle le berçait lui manquent."
Moi, je n'ai pas ainsi le talent de l'intéresser, et je ne veux pas essayer de le faire: j'aurais l'air de chercher à imiter Antoinette.