Ah! M. Daltier test indifférent? dit-elle en jouant avec son collier dargent; et bien! pas à moi. Il me semble que jaimerais un mari comme lui, seulement…
Il y a donc un seulement?
Oui, tiens, à toi je puis lavouer, Gilberte, il serait trop mon maître, il me subjuguerait et cela me gênerait. Je me sentirais trop au-dessous de lui; on ne doit pas pouvoir le tromper, ton cousin: il a des yeux qui percent lâme.
Tandis que Joannès Fardrin, qui prétend à ta main et que tu encourages ouvertement, ne sera pas ton maître?
Ma foi, non, un bon camarade tout au plus. Les yeux rieurs de Joannès nont pas la puissance de faire baisser les miens comme le regard dacier de messire Albéric. Il me semble quavec ce dernier je ne serais plus la même.
Et tu aurais tort de te changer, mignonne, fit Gilberte en embrassant lespiègle; tu es la plus amusante de notre société et la moins poseuse, ce qui est un point capital.
Tout le reste de la soirée, tandis quon riait et causait bruyamment, Mlle Mauduit, rêveuse, se disait, les yeux fixés sur le jeune ingénieur:
"Je crois quils ont raison, tous: Albéric Daltier nest point fait du même bois que les autres jeunes gens. Mais voilà, quy a-t-il sous cette enveloppe froide? Mon oncle maffirme toujours quil faut se méfier des eaux dormantes et des dévots. Mon oncle se trompe-t-il ou bien Albéric fait-il exception à la règle? Il est tellement supérieur à tous ces beaux diseurs qui papillonnent ici et passent leur vie entre le boulevard, la brasserie et la salle de jeu!"
Et, plus rêveuse encore, elle ajouta:
"Celui-là mérite dêtre aimé vraiment. Car sans cela que serait donc lamour, cette chose chantée à travers tous les siècles, ce soleil qui brille sur tous les pays, pour le riche comme pour le pauvre?"