Mais, mon oncle, moi…
Cest entendu, nen parlons plus. Au reste, voilà deux jours que tu mentretiens de ces agréables choses; je désire quil nen soit plus question. Ton amie nest plus, jen suis fâché pour elle et pour toi, mais la vue des cadavres ôte la gaîté et lappétit, je ne veux pas que tu tombes malade.
Gilberte obéit à regret. Elle ne comprenait plus son oncle, cet esprit fort qui tremblait devant un corps sans vie, lui qui traitait si légèrement de la dissolution de la machine.
Puis, comme à cet âge et sur les natures peu éprouvées, le chagrin glisse sans laisser de traces, Gilberte reprit bientôt ses plaisirs, et les succès quelle remporta dans le monde, de même que lexistence frivole et dorée quelle menait, effacèrent de son cur le souvenir de la journée où elle avait vu mourir son amie.
V
Un matin que Gilberte entrait à la salle à manger, fraîche et souriante dans son négligé de peluche, elle trouva M. Simiès qui dégustait savamment son déjeuner. Après lui avoir serré la main, elle versait le chocolat bouillant dans sa petite tasse dargent niellé, quand son oncle, qui la regardait en dessous, dit soudain:
Combien y a-t-il de tes invités qui ont répondu?
Soixante-quatre, mon oncle.
Très bien, ce sera une petite fête intime. Sais-tu, mignonne, pourquoi je la donne, cette fête?
Mais, mon oncle, je croyais que cétait à loccasion de mon vingtième anniversaire, et je vous en remercie encore. Vous ne cesserez donc jamais de me gâter?