Où voulez-vous que jaille?

Où vous voudrez. Vous êtes assez bien douée pour vous tirer daffaire, ajouta-t-il avec son ricanement sceptique. Si vous préférez le couvent, vous y trouverez au moins la sensiblerie que vous aimez.

Je resterai avec vous, mon bon oncle; que ferions-nous lun sans lautre? Je vous soignerai bien, vous savez comme je vous aime.

Parbleu! fit le vieillard avec un rire brutal, vous voulez veiller sur votre héritage. Croyez-moi, ny comptez pas, je vais refaire mon testament ce soir même, et vous serez déshéritée.

Gilberte avait pâli sous linsulte. Elle se redressa, et, sans colère, mais avec une grande dignité:

Assez, mon oncle, je nai jamais songé à hériter de vous; il est probable que vous vivrez aussi longtemps que moi et je vous le souhaite. Je nai jamais une minute pensé à ce que votre mort pourrait me rapporter un jour. Vous me chassez de votre toit, cest bien, je ny resterai pas. Jemporte néanmoins le souvenir de vos bontés passées que nefface point votre dureté actuelle. Adieu, mon oncle, soyez heureux et ne pensez plus à moi puisque vous me traitez dingrate.

Cest ainsi que se séparèrent sans se toucher la main, sans un mot de regret, ces deux êtres qui avaient vécu plus de dix ans dans la plus grande intimité.

Une fois la porte refermée sur M. Simiès, Gilberte saffaissa sur une chaise et se couvrit le visage de ses mains.

Chassée! murmura-t-elle, et je ne sais où aller.

Comme elle nétait pas fille à séterniser sur des regrets superflus, elle se fit apporter sa malle et commença à y empiler son trousseau et quelques menus objets.