Mais non; elle monta à sa chambre et là, senfermant, elle regarda en face presque avec défi le crucifix suspendu au- dessus de son lit, dernier présent de Mme Daltier:
Voilà donc ce que tu mas envoyé parce que je me suis soumise, parce que jai cru en toi et que je tai aimé, aimé plus ardemment encore que celui qui ma gagnée à toi? Je me suis livrée à ta miséricorde, je tai tout offert, jai pleuré mes fautes et mes erreurs, jai cherché à les expier, et voilà ma récompense, Dieu incapable! Je ne te demandais ni un bonheur impossible, ni la fortune, ni la santé, je ne te demandais que le cur dAlbéric, et tu me le voles pour le donner à une autre!
Froidement elle décrocha du mur la croix divoire et la serra dans un tiroir; elle retira de sa poche un petit chapelet de lapis et lenvoya rejoindre le crucifix.
Cela fait, elle se laissa tomber sur un pouf et sanglota longuement, la tête dans ses mains. Ces larmes apaisèrent ses nerfs, mais ne noyèrent pas sa révolte.
Avant que la nuit ne tombât, Gilberte sonna sa femme de chambre, shabilla coquettement et sortit avec elle.
Elle rapporta de sa promenade deux livres aux titres honteux qui durent sétonner de se trouver dans la maison Daltier; puis un rouleau de romances aussi lestes que celles quon chantait autrefois chez M. Simiès.
Le dîner sonna; Gilberte y parut dune manière excentrique, portant un corsage découvert très bas sur la poitrine.
Dailleurs, ce nétait pas seulement son costume qui surprenait les yeux, mais lexpression altière, presque démoniaque de sa physionomie.
Mme Daltier échangea un coup dil avec son mari.
Quant à Albéric, il jeta à sa cousine un regard glacé.