Gilberte se sentait honteuse, mais elle souffrait dune manière trop aiguë pour reculer dans le chemin de la rébellion où elle avait fait le premier pas.

Quand vint lheure de faire la prière en commun, elle se leva, traversa le salon et sortit; elle lavait dit, elle ne voulait plus jamais prier.

Quand elle entendit les autres remonter au premier étage pour se coucher, elle parut sur le palier et embrassa ses cousines, mais elle oublia de tendre la main à Albéric.

Celui-ci en éprouva une grande douleur et murmura en la regardant regagner sa chambre:

Jespérais lui faire quelque bien; naurais-je été, sans
le vouloir, que linstrument du mal?

Comme elle rentrait chez elle, Gilberte saperçut que Mme
Daltier la suivait.

Celle-ci referma la porte derrière elle, sassit sur un fauteuil bas, et, prenant la main de sa nièce, elle lattira à elle:

Gilberte, veux-tu me dire ce qui tarrive?

Rien, ma tante, dit lenfant en détournant son regard.

Si tu souffres, pourquoi me le cacher? Si quelquun ta fait de la peine, avoue-le-moi, mais ne prends pas de ces airs révoltés qui font mal à voir. Réponds-moi, quas-tu?