Jamais on ne lavait connue ainsi.

En effet, quand, un an auparavant, elle leur était arrivée, imbue des théories de son oncle, elle les cachait, au moins, ces théories; elle dominait ses impressions, se montrait souriante et douce, surtout aimante.

Aujourdhui elle semblait prendre à tâche dafficher son dédain pour toutes les choses saintes ou bonnes, de revenir à ses goûts mondains dautrefois. Et puis elle avait perdu sa grâce caressante; son ton était bref, coupant, son regard empreint de dureté; lexpression de son visage décelait une amère ironie, et il y avait du scepticisme dans son sourire.

Quel vent dorage avait donc passé sur cette jeune âme qui sétait ouverte si peu auparavant à la vérité, à la lumière?

Quelle aile de démon avait donc effleuré ce front dange repentant?

Tous souffraient autour delle.

M . Daltier avait le front soucieux et ne répondait quavec contrainte au bonjour et au bonsoir de sa nièce.

Mme Daltier avait tenté quelques tendres réprimandes à divers intervalles auprès de la jeune révoltée; Gilberte les avait écoutées dun air poli, mais nen avait tenu aucun compte.

Elle changeait au physique comme au moral: sa beauté rayonnait, éblouissante, mais elle revêtait quelque chose de presque diabolique.

Une seule fois on put comprendre que le drame intime qui se jouait dans ce cur fermé devait être douloureux.