Ma cousine, dit enfin le jeune homme, vous comprenez que je ne me suis pas fié aux premiers mots que jai recueillis. Comme vous, jai cru dabord à la calomnie, aux propos malveillants, et jétais prêt à en demander compte aux langues indiscrètes, mais on ma plus amplement informé. De retour ici, jai instruit mes parents de cette affaire; nous avons fait une enquête sérieuse et le résultat, je suis fâché de lavouer, a été à lavantage des médisants. La fortune que vous a léguée M. Simiès a une source illégitime. Nous vous montrerons dailleurs les documents qui le prouvent, car nous navons voulu vous parler de cela que lorsque lévidence a été absolue.
Gilberte fit un geste de dénégation:
Je nai pas besoin de preuves, je vous crois. Ainsi mon oncle était un… un malhonnête homme? Et largent dont jai joui de son vivant, dont je jouis depuis sa mort, a une origine impure? Oh! quelle honte!
Elle courba sa tête humiliée et deux larmes roulèrent sur ses joues. Ses lèvres crispées eurent un sourire amer.
Tout, murmura-t-elle, il faut que jaie toutes les
douleurs, même la honte.
Les Daltier se méprirent sur la cause de ses pleurs.
Nous aurions dû nous taire, commencèrent-ils.
Gilberte releva son front, et ses yeux eurent une lueur indignée:
Oh! fit-elle, je ne vous laurais jamais pardonné, au lieu
que je vous remercie maintenant.
Alors, quallez-vous faire? demanda Mme Daltier qui
attendait anxieusement sa réponse.