Depuis quelque temps les lettres de Gilberte se faisaient plus rares et plus courtes.
Elle ne se plaignait pas, mais depuis leur retour à Nice elle trouvait un changement marqué dans la manière dêtre à son égard de Mme Métaxo.
La jeune femme se montrait fantasque avec elle et parfois impérative.
Gilberte garda le silence, mais sa résolution fut bientôt prise.
Un jour, lord Harson, un richissime Anglais, donna une fête de nuit à bord de son yacht de plaisance. Le jeune Daltier y fut amené par un ami, non quil aimât le monde, mais il espérait y rencontrer Gilberte, sachant les Métaxo conviés à cette soirée.
Il était près de minuit quand Albéric aborda le joli bateau pavoisé de drapeaux et éclairé par une masse de lanternes vénitiennes; le bal était dans tout son entrain; sur le pont, les couples enlacés dansaient gracieusement; la musique de lorchestre couvrait le sourd mugissement de la mer qui battait de sa vague les flancs noirs du yacht.
Après quelques tours de valse, attiré plus par la beauté de cette nuit dautomne que par les enchantements de la danse, Albéric chercha un coin écarté et solitaire pour y rêver tranquille.
Il en découvrit un à larrière du bateau, séparé du reste du pont par une grande toile à voile; et, à son grand étonnement, il y trouva assise sur un tas de câbles, appuyée au bastingage, Mlle Mauduit quil pensait absente de la fête.
Elle nétait éclairée que par la molle lumière tombant des lanternes blutées suspendues aux mâts; ses grands yeux sombres étaient pleins de mélancolie sous son front qui avait la mate blancheur du marbre.
Albéric nosait savancer, de crainte de faire envoler cette gracieuse apparition.