Je sais bien, reprit-elle amèrement, vous mavez toujours prise pour une créature artificielle et vaine. Mais que mimporte votre opinion maintenant?

"Monsieur Daltier, poursuivit-elle, lappelant ainsi comme pour mieux marquer son ressentiment, vous maviez rendue bonne, vous aviez fait une chrétienne dune jeune fille follement imbue de doctrines erronées, vous aviez éclairé ma raison et mon âme… puis, vous avez dun coup de main défait tout votre ouvrage, renversé cet échafaudage de bonnes résolutions et de grandes pensées que vous aviez construit en moi. Cest votre faute si je suis redevenue plus mauvaise que je ne lai jamais été, car à présent je sais quels sont mes devoirs et je ne veux pas les remplir."

Ma faute? cest ma faute?… répétait Albéric atterré.
Moi?… que vous ai-je fait, que voulez-vous dire?…

Soudain, une idée lui vint, folle sans doute, car léclair allumé dans ses yeux séteignit aussitôt. Non, ce ne pouvait pas être cela!

Que vous ai-je fait? Mais parlez donc! répéta
douloureusement le jeune homme.

Sans répondre à cette question, elle sécria, tandis quun mystérieux souffle de colère animait son beau visage:

Ah! cest une cruelle chose que de vivre quand on voudrait mourir. Vous mavez enseigné quon ne doit pas voler au Créateur sa propre existence; je ne le ferai peut-être pas, mais…

Que ferez-vous, Gilberte?

Je vous lai dit, je vais quitter la famille Métaxo, je méloignerai de la France; je me suis engagée comme demoiselle de compagnie auprès dune dame étrangère qui part pour le Sénégal.

Pour le Sénégal? Mais cest la mort, cela, Gilberte; vous êtes insensée ou bien vous voulez railler.