Mais cette place était vide.

Il fouilla du regard tous les groupes de danseurs, tous les coins et recoins du yacht, de la dunette à lentrepont, il ne vit point Mlle Mauduit, par la raison que, en ce moment, elle voguait vers la terre dans un frêle youyou en compagnie de M. et Mme Métaxo et de quelques personnes lasses de la fête.

"Je la reverrai à Marseille, se dit-il alors; na-t-elle pas dit quelle y serait demain? Là je la forcerai bien à mouvrir son cur."

Et, possédé dun pressentiment de joie indicible, il alla saccouder à larrière du yacht, à la place quavait quittée Gilberte.

Laube se montrait déjà; la mer était froide et tranquille, couverte dune lueur vague. Au loin les barques de pêcheurs partaient au travail, la voile blanche déployée au vent du large.

On entendait le pas cadencé des infatigables danseurs qui frappait le plancher; lodeur des fleurs flétries plus pénétrante encore et celle des parfums que portaient les femmes se mêlaient aux senteurs marines.

La musique envoyait ses notes amollies dans lair demeuré tiède sous les tentes; les lumières mouraient dans les lanternes aux mille couleurs, et non loin, à lhorizon, les silhouettes dentelées des montagnes se dessinaient sur le ciel dun gris bleuâtre.

Albéric reçut de toutes ces choses une impression vague, faite de poésie et de langueur douce.

Ainsi rêvant, il atteignit la fin du bal et partit avec la dernière chaloupe.

Il avait bien envie de rester à Cannes jusquau lendemain, mais il avait promis à sa mère de rentrer tout de suite à Marseille et il le fit.