Elle avait enfin compris le secret de cette pauvre âme plus souffrante que le corps, et cela lui avait donné la clef de ce mystère fait de révoltes, de colères, de désespérances où elle avait vu plongée la jeune fille.

Elle comprenait comment la chère enfant, toute convertie et remplie de résolutions sincères, sentant éclore peu à peu dans son cur un sentiment tout nouveau en elle, avait vu soudain brisés ses désirs ardents, mais sages. Pour celui quelle chérissait dans le silence de son âme, elle avait cru nêtre quun objet dindifférence, pour ne pas dire daversion, et elle en avait terriblement souffert.

Et elle navait pas de mère, pas de sur, pas damie sérieuse à qui confier ce poids trop lourd pour son cur.

De là ses rébellions contre la vie et contre le ciel, ses dégoûts amers et son désespoir, puisquelle ne pouvait plus sappuyer désormais sur la main qui lavait soutenue et guidée un an au moins.

Et pendant les interminables heures nocturnes ou celles non moins douloureuses du jour, Mme Daltier écoutait les plaintes déchirantes qui séchappaient de ce cur brisé.

Les larmes lui venaient aux yeux, car, à travers son délire, lâme de Gilberte se dévoilait tout entière, cest-à-dire pure, aimante, élevée.

Rien navait pu déflorer son innocence naturelle. Ce quelle avait entendu dans la maison de son oncle Simiès, ce quelle avait lu dans les romans réalistes et antireligieux quon lui avait mis entre les mains, elle ne lavait pas compris.

Les vaines utopies, les sophismes dangereux, les exemples mauvais navaient queffleuré sa pensée et formé autour de son âme comme une écorce qui était tombée au premier souffle pur, pour la laisser candide et fraîche.

Cette découverte fut pour Mme Daltier un immense soulagement.

Un soir, en embrassant son fils qui quêtait de longs détails sur la malade, elle lui dit en le regardant au fond des yeux: