Quà cela ne tienne, sortez-en, ma bonne Dutel, sortez-en. Je naurai plus besoin de vous, dailleurs, car je vais donner une institutrice à ma nièce.

Alors Monsieur me renvoie? demanda la femme de charge qui
étouffait de colère à lidée de perdre une si belle place.

Nullement; mais vous paraissez si affligée de ce que je
garde chez moi lenfant de mon neveu…

Moi affligée? Dieu garde! Monsieur me connaît bien peu:
jadore les petites filles.

Alors tout est pour le mieux; soignez Gilberte et montrez- vous complaisante avec elle: vous naurez pas lieu de vous en repentir.

Rassurée, Mme Dutel quitta la chambre et murmura en séloignant:

"Tu mets ça sur le compte de la santé de la gamine, vieille cervelle détraquée, mais tu trouves à présent du plaisir à voir jouer lenfant; ça va aller comme ça jusqu'à la fin de lété; puis si, passé cette époque, elle te gêne ou te lasse, tu sauras bien la coffrer sous un prétexte quelconque. Qui vivra verra."

Puis elle annonça à Gilberte la décision de son oncle; la fillette ne manifesta aucun étonnement.

Je le savais, répondit-elle tranquillement; jai dit à mon
oncle quil me déplairait de vivre au pensionnat.

Voilà quelle le mène déjà par le bout du nez!… sécria Mme Dutel en levant ses grands bras au ciel. Quest-ce que ça sera alors dans un an ou deux?