Cette enfant, très intelligente, douée dune beauté rare et dinstincts artistiques, ravissait en effet, non seulement son oncle, mais les amis de son oncle; or ceux-ci, peu soucieux de ce quil en pouvait résulter pour cette petite nature encore innocente, lui laissaient entendre quelle était jolie et spirituelle, à tel point quelle finit par savoir ce quelle valait et au delà, et elle naccepta plus les compliments quavec cette indifférence banale des femmes assurées davance de ce quon va leur dire. Quant au vieux Simiès, elle nignorait pas que sa petite main le menait où elle voulait et quil nétait pas un de ses caprices auquel il nobéît. Il lemmenait dîner ou déjeuner avec lui dans les restaurants à la mode et ses fantaisies étaient des plus coûteuses, non que lenfant fût gourmande, mais elle aimait à commander les mets les plus rares, quitte à les laisser intacts dans son assiette sils ne lui plaisaient plus une fois servis.
Cest quelle ignorait encore que, à la porte de ces restaurants étincelants où sont prodigués les vins fins, les truffes et le gibier exquis, de pauvres affamés tendent la main, souvent en vain, pour obtenir un morceau de pain dur.
Ce nétait pas légoïste Simiès que lui eût appris.
Aux courses où il ne manquait jamais de lemmener, il lui permettait de parier.
Pour satisfaire sa passion pour les chevaux il lui avait fait présent de deux amours de poneys quelle conduisait tous les jours attelés à un élégant panier; aux Marnes où lon passait une partie de la belle saison, quatre ou cinq chiens énormes et magnifiques suivaient partout la fillette.
Simiès lui avait aussi donné le goût de la chasse, mais Gilberte navait pas encore usé beaucoup du petit fusil anglais quil avait fait faire exprès pour elle; elle était surtout ravie de se voir vêtue en jeune Diane chasseresse, la jupe aux genoux, chaussée de bottes rouges, la toque posée cavalièrement sur ses cheveux blonds.
Quant au patinage, la petite Mauduit, comme on le disait au Bois de Boulogne, était de première force; elle ressemblait à un cygne avec son visage rosé et sa longue chevelure au vent, habillée de fourrures claires, tandis quelle glissait avec une grâce incomparable, dessinant sur la glace mille arabesques, de son petit patin dargent.
En revanche, Gilberte ne savait tenir ni une aiguille, ni un crochet.
Le travail manuel massomme! disait-elle à Fräulen Frida
qui gémissait sur cette lacune dans léducation de son élève.
Bah! sécriait alors le vieil oncle, quest-ce que cela fait? elle naura jamais besoin de raccommoder elle-même ses nippes.