Entre sa treizième et sa dix-septième année trois incidents, malheureusement trop rapides, amenèrent une diversion salutaire dans la vie dissipée de Gilberte Mauduit.
Mais ils seffacèrent trop vite de sa mémoire et, grâce à la funeste influence de Simiès, ne lui laissèrent aucun souvenir bienfaisant.
Le premier eut lieu aux Marnes, un automne, où, sur la demande de Gilberte, on prolongeait un peu la villégiature cette année-là.
Un matin, M. Simiès reçut lannonce de larrivée dun nouvel hôte; un de ses petits-neveux quil connaissait peu et qui venait parler avec lui daffaires importantes.
Le jeune homme suivait de près le télégramme, et le châtelain des Marnes neut que le temps denvoyer une auto à la gare.
Gilberte était absente depuis le matin, ayant voulu faire une longue chevauchée avec Thomas, le vieux piqueur.
Simiès navait jamais professé de sympathie bien vive à légard des Daltier, ses parents éloignés; cependant Albéric, le fils aîné, celui qui allait arriver, était le bienvenu ce jour-là aux Marnes dont les hôtes se faisaient rares; cétait une nouveauté, une distraction.
Dès son entrée au château et après avoir remis un peu dordre à ses vêtements dans la chambre qui lui avait été préparée, le jeune homme entretint son oncle des graves questions qui avaient motivé son voyage; la conversation dura jusquà ce que le premier coup du déjeuner réunît au salon tous les convives des Marnes.
Au second appel, Gilberte navait pas encore paru.
Bah! dit Simiès en riant, il est dans les habitudes de ce petit despote de ne jamais se soucier de lexactitude, mais aujourdhui nous ne lattendrons pas, car Albéric arrive de voyage et doit avoir besoin de réparer ses forces.