Certes lenfant demeurait la candeur même, bien quelle entendît des choses quelle naurait pas dû savoir; on devinait que le fond de son innocence nétait pas altéré.
Elle avait un charme à elle, une riche et brillante nature, trop brillante peut-être; qui pouvait dire si, plus tard, bientôt, Simiès nallait pas ternir cette divine candeur?
"Oh! pensait encore Albéric on devrait enlever les enfants à ces tuteurs-là, hommes sans foi ni principes; on devrait couper la langue à ceux qui se permettent de prononcer de tels discours devant de jeunes oreilles, de même quon devrait couper la main de ceux qui écrivent le mal."
A la fin du repas que lépicurien Simiès aimait à faire traîner en longueur, Gilberte devint pensive; elle jetait de temps à autre un coup dil du côté de son grand cousin, se demandant pourquoi il la regardait avec des yeux si sévères et quel était celui-ci qui, seul, ne lui avait pas fait de compliments et navait pas conté de ces anecdotes qui font rire.
Sa belle et mâle figure rayonnait au milieu des visages cyniques qui lentouraient; on le sentait au-dessus, bien au-dessus de ces vieillards blasés.
Lorsquon passa au salon et que Gilberte, déjà maîtresse de maison, eut versé le café dans les tasses, prise dun caprice subit, elle tendit la main à son oncle qui offrait des cigarettes et des cigares aux invités.
Une pour moi, mon oncle.
Fumer, vous? vous vous ferez mal, petit démon.
Non, mon oncle. Donnez.
Simiès obéit en riant et Gilberte, triomphante, tira quelques bouffées dun tabac turc assez fort.