Les de Carcanne eux-mêmes regrettèrent la jolie fillette qui était reconnaissante de leurs bontés et qui ne leur avait donné que de la satisfaction pendant plusieurs mois quelle leur avait été confiée. Ils ne devaient plus la revoir souvent, car, peu après, M. de Carcanne fut appelé en Périgord par un héritage inattendu qui lui apportait un beau domaine où il sinstalla presque définitivement avec toute sa famille.
Pendant quelque temps les jeunes filles entretinrent une correspondance assez assidue, puis, un beau jour, Simiès détourna les lettres des petites de Carcanne et Gilberte, voyant les siennes demeurer sans réponses, sen blessa et ne donna plus signe de vie à ses amies.
X
Simiès éprouva du désappointement en retrouvant Gilberte grave et posée.
Comme elle était la franchise même, elle ne voulut rien cacher à son tuteur et lui raconta qu'elle était revenue à la foi et qu'elle désirait continuer à accomplir ses devoirs religieux.
Vous êtes mécontent, mon oncle, ajouta-t-elle en voyant le pli de colère s'accuser sur le front du vieillard, et vous me reprochez ce changement: ne l'imputez pas à mes amis, c'est moi seule qui l'ai exigé, et ce que j'ai fait c'est moi qui l'ai voulu; or vous savez que, quand je veux une chose, je la veux bien, dit-elle câlinement pour apaiser Simiès quelle devinait furieux.
Mais Simiès était habile; il ne manifesta sa rage quen sécriant avec un haussement dépaule significatif:
Tu es une imbécile et les de Carcanne encore plus. Je te
croyais plus intelligente.
Peinée et blessée, Gilberte ne répliqua point.
En lui-même lathée se disait: