Ce qui surprenait douloureusement la jeune fille, cétait de voir son oncle, si imbu de principes égalitaires, refuser une pièce de monnaie à laffamé, lui qui mettait deux francs dans ses moins bons cigares.
Aussi se moquait-il de sa nièce quand il la voyait vider sa bourse dans les mains du premier vagabond venu.
Ma mère aimait à me voir donner aux malheureux, elle me lenseignait lorsque jétais petite, répondait Gilberte un peu attristée de ses sarcasmes.
Ta mère était une femme desprit et de grande beauté, je ne le conteste pas, mais elle manquait absolument de sens pratique, répliquait Simiès de son ton railleur.
Mais Gilberte nen continuait pas moins à secourir les misérables, autant quelle pouvait en trouver le temps dans son existence affairée de mondaine.
Vois-tu, lui disait encore son excellent oncle, pourquoi se dépouiller pour autrui? ce quon donne, on ne la plus, donc autant le garder. En ce monde, il faut le plus possible tirer la couverture à soi, comme on dit. Il serait excessif daffirmer, je le veux bien, que toutes les femmes pieuses adonnées aux bonnes oeuvres soient niaises, mais combien les autres sont plus amusantes!
En général pourtant, mon oncle, ripostait Gilberte vexée pour son sexe, en général les femmes frivoles et égoïstes ne sont pas douées dintelligence transcendante.
Bah! jestime quune femme nest spirituelle et intelligente quautant quelle samuse et amuse les autres.
Cependant… regardez Mme Hermès.
Tu me cites là une exception. Que diras-tu de son mari,
grands dieux, alors? Ce pauvre Hermès, un vrai poupard!