Cest toi, maintenant, qui es une petite flatteuse, dit Gilberte en donnant un léger coup déventail sur la joue satinée de la fillette.

Et son indifférence sereine ne te blesse pas horriblement? reprit celle-ci.

Gilberte redressa sa tête orgueilleuse.

Nullement. Pourquoi en serait-il ainsi?

Moi, cela me ferait grand mal. Je voudrais avoir son estime, mais voilà, cest impossible, je suis toute pétrie de vanité et de caprices.

Gilberte ne lécoutait plus, elle songeait:

"Cependant… sa froideur est ma condamnation, et… autrefois… autrefois… je ne lai pas connu ainsi."

Vois-tu, poursuivit la blondine en relevant son joli visage (un véritable Greuze quand lanimation le colorait plus vivement), vois-tu, moi je mastreindrais bien volontiers à aller tous les dimanches à la messe pourvu que ce fût au bras de ce beau cavalier; et jen connais bien dautres qui feraient mieux encore.

Mauvaise langue! répéta Gilberte en riant, va donc te coucher; si tu tardes encore, demain matin, nulle puissance humaine ne pourra te tirer du lit.

Les jeunes filles se séparèrent. Gilberte se déshabilla lentement avec le secours de sa femme de chambre et se livra à de profondes méditations tandis que celle-ci peignait et nattait pour la nuit sa longue chevelure dorée, si épaisse que les dents du peigne ny mordaient quavec peine.