Un autre aurait dit: "Mais je suis trop heureux de loccasion qui me procure linsigne bonheur dabord descorter la plus adorable jeune fille, puis de passer avec elle quelques instants en tête à tête, etc., etc."

Albéric ne songeait pas aux compliments, oh! pas du tout, et il paraissait satisfait de sa promenade solitaire. Sil se fût montré obséquieux et flatteur, Gilberte leût pris immédiatement en aversion et lui eût témoigné la froideur glaciale quelle témoignait aux autres.

Ils se mirent à causer tous les deux, gravement, comme deux bons amis; du côté de lune, aucune coquetterie de manières ni de langage; du côté de lautre, aucune parole qui, de près ou de loin, ressemblât à la cour quun écervelé neût pas manqué de faire en se trouvant seul avec une jeune fille jolie et spirituelle.

Ils parlèrent de banalités dabord, puis sérieusement.

Dailleurs, avec Albéric, la conversation ne pouvait être longtemps banale. Il savait donner au moindre sujet un intérêt captivant.

Gilberte le questionna sur sa famille et le jeune homme parla de sa mère, de ses frères et soeurs avec tant damour, il dépeignit si bien leur douce vie, la paix qui régnait sur cet intérieur distingué, beaucoup plus calme et plus simple que celui de M. Simiès, que Gilberte se surprit à lécouter presque passionnément. Elle tenait ses beaux yeux foncés fixés sur son cousin avec avidité, et nosant linterrompre de peur de briser le charme.

A la fin il sarrêta et dit avec un sourire:

Mais je vous entretiens là de choses qui vous intéressent peu, ma cousine.

Vous vous trompez, répliqua-t-elle vivement, vous parlez dune manière admirable, vous parlez comme quelquun qui a du cur et…, ajouta-t-elle en baissant la voix, je ne suis pas habituée à cela.

Elle poursuivit, comme avec confusion: