Plutôt que d'aller chercher une impossible route dans les couloirs qui strient la roche, il est préférable pour l'alpiniste de force moyenne de gagner la rive droite du glacier dans la direction de l'arête de l'Aiguille d'Argentière. Au sud du Glacier du Chardonnet existe en effet une cabane qui porte le nom de refuge du Glacier d'Argentière. Elle est construite à 2822 mètres d'altitude, non loin d'un point d'eau dans la moraine des Améthystes, sur un emplacement d'où l'on peut embrasser la totalité du bassin.

Ce qui frappe tout d'abord c'est que, contrairement à la configuration habituelle des glaciers, celui d'Argentière n'a ni coude, ni tributaire. C'est un véritable cercle de géants sans issue. Il est entouré de prodigieux escarpements, que coupent des couloirs sauvages où tonnent les rochers, et que terminent des merlons aigus, armés eux-mêmes de lances de granit.

La Verte, les Droites, les Courtes, au fond, le Mont-Blanc.

Au moment de la pleine lune il faut aller passer la nuit au refuge d'Argentière: autour du cirque fantastique dorment dans un funèbre silence les grandes formes fracassées par je ne sais quel effrayant cataclysme: nuit de grandiose horreur sous la lumière crue qui projette sur la glace les ombres des Aiguilles, tandis que les couloirs emplis de ténèbres impénétrables semblent receler je ne sais quels effroyables démons.

Face au crescendo sans pareil des Courtes, des Droites et de la Verte.