Traversée d'une crevasse au pied de l'Aiguille du Midi.
Enfin! un rayon blafard se glisse entre les planches, comme hésitant à entrer dans la demeure glacée et ténébreuse. C'est l'aube lugubre. Dehors tout est blanc, les rochers par lesquels nous sommes montés hier sont verglacés. La retraite nous est coupée, il faudra aller jusqu'au bout de notre calvaire. Et nous partons pour le Dôme, lentement dans la neige fraîche, tandis que peu à peu, le temps se lève et le ciel s'éclaircit.
Un orage dans la région des Grands Mulets.
Qu'il fait froid sur l'arête! Le vent me jette au visage la neige que mon compagnon soulève dans sa marche. Autour de nous, la poussière de grésil tourbillonne un moment, formant une colonne torse, transparente et blanche; puis la colonne se déplace légèrement, et le tourbillon recommence, avec d'autres colonnes, valse échevelée de formes vaporeuses et blanches qui semblent des elfes ou des lutins.
Le ciel est maintenant très pur, mais vers l'ouest, une légère bande noire strie le ciel au-dessus de l'horizon, c'est le signe mystérieux d'une nouvelle tempête. Et nous nous hâtons par le Dôme et le Col du Dôme, vers le refuge Vallot que nous apercevons sur une petite éminence: tout près! Nous l'atteindrons sûrement avant la tourmente.
Mais la faim nous affaiblit, nos jambes fatiguées glissent dans la neige fraîche sur la pente rapide. Et le nuage grossit, le vent s'élève à nouveau; hâtons-nous si nous voulons être en sûreté avant d'être enveloppés de neige. Enfin! après des efforts surhumains, nous atteignons la plateforme du refuge au moment où la tempête nous attrape à son tour. C'est trop tard pour elle, nous avons gagné.