Le tramway du Mont-Blanc.
Trop courtes, au contraires, sont les heures de l'hiver pour jouir de tous les plaisirs qu'il apporte.
Ce sont d'abord les joies du patinage sur l'immense miroir de glace, unique au monde avec son cadre grandiose de montagnes incomparables; puis l'ivresse de la folle descente le long des pistes de bobsleigh où l'on vire horizontalement comme dans une énorme vis. Enfin, et par dessus tout, ce sont les promenades à ski dans la splendeur des vastes champs de neige du côté du col de la Voza, ou du col de Balme; au glacier d'Argentière, à celui des Bossons, à celui du Géant. C'est aussi la course classique du tour du Mont-Blanc par le Col et la Croix du Bonhomme.
Chaque jour apporte au skieur des plaisirs nouveaux. Dès qu'il entend dans la rue, le gel de la nuit craquer sous le pas des laitiers matineux, il se hâte de quitter Chamonix encore endormi sous la brume. Dans le calme du matin glacé, il s'élève sur les flancs des montagnes. Entre les grands sapins couverts de givre, il va allègrement, bercé par le rythme de ses skis sur la neige nacrée, dans la solitude amie de la forêt, gagnant les hauts alpages où il s'ébattra sous le chaud soleil d'hiver. Puis lorsque les rayons obliques étendront démesurément les ombres violettes sur la neige, il se laissera mollement tomber dans la vallée en une glissade qui a la grâce et l'harmonie d'un vol.
Le soir, dans les éclairs des phares électriques, sous la vive lumière des lustres, un orchestre endiablé rythmera ses pas dans les salons de la ville en fête, plus luxueuse encore que l'été, parce que les amants de la haute montagne inaccessible, ne viendront point y apporter la note grave et sévère de leurs habits couleur de roche...
La nuit nous a surpris au retour, en dessous de Montenvers, dans l'antique sentier que suivaient jadis les «crystalliers». Le calme est revenu dans la vallée, humble vestibule de la montagne. La brise tiède, qui remonte vers les hauteurs, chuchote comme des encouragements et des promesses, apportant quelques bruits confus: murmure des arbres serrés dont les branches se frôlent, grondement des cascades, puis par intervalles, suivant l'effort du vent, quelques notes éparses d'un instrument de musique lointain, si ténues qu'il faut prêter l'oreille pour les percevoir dans le sourd et majestueux concert des voix de la montagne. Quelques points lumineux trouent l'obscurité de la vallée. Et c'est là, Chamonix avec ses fêtes, son luxe éblouissant, si petit dans l'immensité de la montagne, à l'orée des grands bois où s'étale depuis des siècles la langue luisante des glaciers!