—Après? On recommencera, sans doute, après un stage. Un jeune cycle. Un nouveau Kalpa. Sur la roue reforgée, le monde se remettra à tourner.

—Et le mot de l’énigme?

—Les Hindous répondraient: «Çivâ». Çivâ qui détruit et qui crée. Qui crée et qui détruit.

—Quel effroyable rêve!

—Affaire de tempérament. La sagesse affranchit. Pour les Hindous, Bouddhâ délivre. Pour mon compte, la curiosité m’est un suffisant adjuvant.

—Elle ne l’est pas pour moi. Et je ne puis non plus me contenter de la sagesse du Bouddhâ égoïste, qui se libère, en abandonnant les autres. Je connais comme vous les Hindous. Je les aime. Même chez eux, Bouddhâ n’a point dit le dernier mot de la sagesse. Souvenez-vous de ce Bodhisattvâ, du Maître de la Pitié, qui a fait le serment de ne pas devenir Bouddhâ, de ne pas se réfugier dans le Nirvâna libérateur, avant d’avoir guéri tous les maux, racheté tous les crimes, consolé toutes les douleurs!

Perrotin se pencha vers le visage douloureux de Clerambault, avec un bon sourire, lui tapota affectueusement la main, et dit:

—Mon cher Bodhisattvâ, qu’est-ce que vous voulez faire? Qu’est-ce que vous voulez sauver?

—Oh! je sais bien, dit Clerambault, baissant la tête, je sais bien le peu que je suis, je sais bien le peu que je puis, l’inanité de mes vœux et de mes protestations. Ne me croyez pas si vain! Mais qu’y puis-je, si mon devoir me commande de parler?

—Votre devoir est de faire ce qui est utile et raisonnable; il ne peut être de vous sacrifier en vain.