Il y eut un silence. Le jet d’un projectile ululait dans le ciel. Le compagnon aspira une bouffée:
—Alors, ça n’a pas été, mon petit, là-bas? Je m’en doutais!...
—Pourquoi?
—Quand l’un peine et l’autre pas, on n’a rien à se dire.
—Ils souffrent aussi, pourtant.
—Mais c’est pas le même pain. Tu as beau être malin, tu n’expliqueras jamais à qui ne l’a pas eu ce que c’est qu’une rage de dents. Va donc leur faire comprendre, à ceux qui couchent dans leur lit, ce qui se passe ici!... C’est pas nouveau pour moi. Pas besoin d’être en guerre! J’ai vu ça, toute ma vie. Tu crois que, quand je peinais sur la terre et que je suais toute la graisse de mes os, les autres s’en inquiétaient? C’est pas qu’ils soyent mauvais. Ni mauvais ni bons. A peu près comme tout le monde. Peuvent pas se rendre compte. Pour comprendre, il faut prendre. Prendre la tâche. Prendre la peine. Sinon—et c’est non, mon gars—il n’y a qu’à se résigner. N’essaie pas d’expliquer. Le monde est comme il est; on n’y peut rien changer.
—Ce serait trop affreux. Ce ne serait plus la peine de vivre.
—Pourquoi diantre? Moi, je l’ai bien supporté. Tu vaux pas moins que moi. Tu es plus intelligent; tu peux apprendre. Supporter, ça s’apprend. Tout s’apprend. Et puis, supporter ensemble, c’est pas tout à fait un plaisir, mais c’est plus tout à fait une peine. C’est d’être seul qu’est le plus dur. Tu n’es pas seul, mon petit.
Maxime le regarda en face, et dit:
—C’est là-bas que je l’étais. Je ne le suis plus, ici...