Elle pensait au contraire que c'était plutôt malheureux. Mais la parole n'a pas été donnée à la femme pour dire ce qu'elle pense... Grâce à Dieu! il n'y aurait plus de morale possible sur terre...
Les voix se rapprochaient. Ses amis allaient déboucher sur la route. Elle sauta d'un bond le fossé du chemin, grimpa le talus qui le bordait, et se cacha derrière les arbres. Il la regardait faire, étonné. Elle lui fit signe impérieusement de venir. Il la suivit. Elle s'enfonça dans l'intérieur du bois.
—Hé ho! fit-elle de nouveau, quand ils furent assez loin... Il faut bien qu'ils me cherchent, expliqua-t-elle à Christophe.
Les gens s'étaient arrêtés sur la route et écoutaient d'où venait la voix. Ils répondirent et entrèrent à leur tour dans le bois. Mais elle ne les attendit pas. Elle s'amusa à faire de grands crochets à droite et à gauche. Ils s'époumonaient à l'appeler. Elle les laissait faire, puis elle allait crier dans la direction opposée. À la fin, ils se lassèrent, et, sûrs que le meilleur moyen de la faire venir était de ne point la chercher, ils crièrent:
—Bon voyage!
et partirent en chantant.
Elle fut furieuse qu'ils ne se souciassent pas d'elle. Elle avait bien cherché à se débarrasser d'eux; mais elle n'admettait pas qu'ils en prissent si facilement leur parti. Christophe faisait sotte figure: ce jeu de cache-cache avec une fille qu'il ne connaissait pas, le divertissait médiocrement; et il ne pensait point à mettre à profit leur solitude. Elle n'y pensait pas davantage: dans son dépit, elle oubliait Christophe.
—Oh! c'est trop fort, dit-elle, en tapant des mains, voilà qu'ils me laissent ainsi?
—Mais, dit Christophe, c'est vous qui l'avez voulu.
—Pas du tout!